Illustration nouveaux devins

Le concept de « prophétie autoréalisatrice » s’applique parfaitement aux penseurs prospectivistes libéraux et néo-libéraux. Forgé en 1948 par le sociologue américain Robert K. Merton, à partir de sa réflexion sur l’ « effet Thomas » qui veut que « si les hommes définissent des situations comme réelles, alors elles deviennent réelles dans leurs conséquences », le concept de prophétie autoréalisatrice nous vient de loin. Dans l’Antiquité déjà on en trouve un exemple avec l’histoire d’Œdipe. C’est en effet la croyance de Laïos, roi de Thèbes, en une prophétie rendue par l’oracle de Delphes – selon laquelle son fils allait le tuer pour s’unir ensuite à sa femme Jocaste – qui le conduisit à sa propre perte. Apeuré, persuadé qu’il serait tué par son fils, Laïos, décida donc de s’en débarrasser.

Mais « l’enfant aux pieds gonflés » – c’est ce que signifie Œdipe en grec –, abandonné sur le mont Cithéron, accroché à un arbre, fut recueilli par les souverains de Corinthe, Polybe et Mérope, qui l’élevèrent comme leur fils. On connait la suite, Œdipe de passage à Thèbes, se dispute avec un vieil homme sur une question de priorité à un carrefour, et le tue. Il vient d’assassiner Laïos, son père et bientôt il se mariera avec la veuve de ce dernier, Jocaste, qui n’est autre que sa mère. Situation tragique s’il en est mais le plus frappant, dans notre perspective d’étude, tient au fait que Laïos est à l’origine de sa propre mort. C’est lui qui a mis en place le processus de la prophétie autoréalisatrice qui a conduit à son décès.

Robert K. Merton, dans ses Eléments de théorie et de méthode sociologique, construit donc le concept de « prophétie autoréalisatrice » en l’enrichissant. Il le définit de la manière suivante : « c’est au début, une définition fausse de la situation qui provoque un comportement qui fait que cette définition initialement fausse devient vraie. » Si l’on prend l’exemple de l’histoire d’Œdipe, la « définition fausse » désigne la prophétie initiale – car il n’existe aucun « livre du destin » sur lequel soit écrit l’ensemble des prophéties vraies de toute éternité. Comme cela est dit dans Jacques le Fataliste, le célèbre roman de Diderot qui se moque du fatalisme et de la superstition : « on ne sait jamais ce que le ciel veut ou ne veut pas, et il n’en sait peut-être rien lui-même ». Rien n’est écrit « là-haut », parce qu’il n’y a pas de « là-haut ».

La prophétie ne devient donc vraie que parce que Laïos la croit vraie. C’est lui qui précipite son propre assassinat en posant une série d’actions dont les conséquences, non maîtrisées, s’avèreront toutes funestes. Dans cette interprétation renouvelée du célèbre « mythe d’Œdipe » non seulement les conséquences de la croyance deviennent vraies, mais la croyance elle-même prend forme, s’incarne dans la réalité. C’est le fait même de croire à une prophétie, dont la valeur, en elle-même est toujours indéterminée, qui finit par lui donner un sens objectif, une valeur de vérité.

Dans quelle mesure la pensée oraculaire contemporaine, celle des futurologues, des prospectivistes du genre de Jacques Attali, par exemple, participe-t-elle de la notion de « prophétie autoréalisatrice » définie au sens de Merton ? Comment les prophéties autoréalisatrices des « gourous du futur » se transforment-elles ensuite en prophéties autodestructrices, « self defeating prophecies » ? Qu’est-ce que tout cela signifie en termes de « dysfonction sociale » dans le cadre de l’économie moderne du système mondialisé et plus particulièrement dans le champ de la prévision néolibérale du futur ?

Jacques Attali et la crise française

Dans ses ouvrages Jacques Attali aime bien faire des prévisions catastrophistes, pour revenir sur elles et pouvoir dire : « vous voyez bien, j’avais raison, la France va mal. » Il le fait notamment à propos de l’état économique, politique et social de la France, dont il ne cesse, dans ses ouvrages de prédire le déclin voire la chute prochaine si elle ne se réforme pas en urgence. Ainsi dans Une Brève histoire de l’avenir il semble se complaire à égrener la longue liste des malheurs de la France et son inadaptation au monde du futur, à ce qu’il appelle pompeusement les « lois de l’avenir ». De même dans Urgences françaises il dénonce cette « France qui s’enfonce », sa tendance au ralentissement de la croissance, sa perte de compétitivité, l’augmentation de sa dette publique etc.. Mais il fustige aussi cette « France qui refuse de se réformer », éternelle mauvaise élève de la modernité conquérante.

Or, tout se passe comme si Jacques Attali, dans son analyse, faisait abstraction de son propre rôle d’intellectuel de la mondialisation, de prophète du futur libéral, de conseiller du prince. L’ancien haut fonctionnaire semble oublier qu’il est lui-même partie prenante du processus de dégradation de la situation de l’économie française et ce d’autant plus qu’il joue un rôle d’expert auprès de tous les grands décideurs français, présidents compris, depuis près de 40 ans. Conseiller spécial auprès de François Mitterrand de 1981 à 1991, président de la Commission pour la libération de la croissance française en 2008, ami de François Hollande, mentor d’Emmanuel Macron qui le consulte régulièrement, il semble s’exonérer, à travers la litanie des malheurs de la France qu’il nous impose, de la part de responsabilité qu’il y a prise. Jacques Attali est dans le déni, dans le « mensonge vital » dont parle Ibsen dans Le Canard sauvage.

Dans le cas de la crise du covid-19, il se permet même de se montrer sévère à l’égard du gouvernement, tout en occultant le fait que c’est l’application de ses conseils de réformes, appliqués en urgence qui ont précipité la ruine du système de santé français. En préconisant comme il le fait pour la France dans Une Brève histoire de l’avenir de renforcer « l’efficacité du marché », de promouvoir « la concurrence dans les services », d’attirer « de nouvelles entreprises, en particulier dans les domaines de la santé », mais aussi de réduire « la fiscalité du capital » et de manière générale en se faisant le perroquet du discours sur l’ « innovation » néolibérale, il a favorisé ce déclin de la France qu’il observe désormais du haut de sa chaire, avec condescendance.

Comment un homme doué de telles qualités intellectuelles, sorti major de l’Ecole Polytechnique en 1965, peut-il ne pas voir que la mise en œuvre, par exemple, du Rapport de la commission pour la libération de la croissance – rapport rendu par Emmanuel Macron lui-même – n’a eu que des conséquences désastreuses en termes d’emploi et de précarité sociale ? Comme si tout cela n’avait aucun lien avec ses propres théories, avec ses oracles inquiétants. Nouveau Tirésias, Jacques Attali annonce avec d’autant plus de justesse le déclin de la France qu’il a participé activement à son accélération. S’il avait opté pour des conseils plus protecteurs, plus rooseveltiens, plus intelligemment protectionnistes, plus prudents, tout simplement, en termes d’ouverture économique aux marchés – étant donnée l’audience et le sérieux dont il est crédité, au sein de l’élite politique et économique française – il serait sans nul doute parvenu à amortir – pour la France, au moins – le « choc du futur » annoncé par son maître en prospective, Alvin Toffler.

Jacques Attali, un déni français

Mais non, il a fallu qu’Attali nous chante les louanges de l’UE, nous dise d’ « oser l’Europe », – la fameuse « dictature maastrichtienne » dont parle Michel Onfray dans Théorie de la dictature –, qui nous épuise, nous saigne depuis plus de trente ans. L’ « hyperdémocratie » dont il parle dans Une brève histoire du temps, qu’il voit s’incarner dans l’UE, comme son projet d’Etat planétaire, défendu dans Demain qui gouvernera le monde ? signifient une perte considérable de souveraineté et donc de démocratie pour le peuple français mais, là encore, le « maître des sabliers » n’en a cure. Tout doit être sacrifié à l’utopie néolibérale du futur parfait, maîtrisé par l’art de la prospective, de la futurologie.

En guise de maîtrise nous assistons en réalité à un jeu de dupe. Jacques Attali ne maîtrise rien du tout, aucune loi du futur. Il se contente d’annoncer la montée des périls, l’augmentation des désastres dont il est lui-même, par l’importance de son influence intellectuelle et politique, un instigateur de premier plan. A-t-on jamais eu l’idée de considérer comme honnête la prédiction d’un homme qui annoncerait à l’avance les malheurs d’un autre homme auquel par son action il s’apprête à nuire ? Nous entrons, avec les oracles d’Attali, totalement dans le cadre de la prophétie auto-réalisatrice conceptualisée à partir du « principe de Thomas » : en définissant la situation de la France comme mauvaise, et en préconisant des remèdes qui le sont tout autant, la situation française devient de plus en plus mauvaise, cela ne fait aucun doute. 

Exprimé dans les termes de la sociologie de Merton cela signifie qu’Attali, en définissant de manière fausse la crise de la France comme relevant de son absence de réforme libérale et d’adaptation au marché, participe à ce que la situation de crise devienne vraie, à ce qu’elle s’aggrave : voilà le secret de la pseudo vérification de ses prophéties. Accorder du sérieux intellectuel à ce type d’entreprise prophétique est une erreur grave. Cela a, en tout cas, des conséquences lourdes pour le « pays réel », le « petit peuple » français, dont Jacques Attali se moque éperdument.

De la prophétie autoréalisatrice à la prophétie autodestructice

L’Enfer est pavé de bonnes intentions. La phrase, bien connue, est souvent utilisée. Mais on ne semble pas percevoir à quel point elle se vérifie aujourd’hui, particulièrement si l’on étudie la situation à partir d’un regard critique porté sur les modèles du « futur merveilleux » ou de la « mondialisation heureuse » qui nous sont proposés depuis des décennies. Nous avons déjà eu l’occasion de parler des effets destructeurs parce que menteurs, trompeurs, illusoires, des modèles d’avenir proposés par les tenants de la modernité libérale. A bien des égards les prosopopées sur l’Europe du futur, le Monde de demain ou la Mondialisation heureuse se sont avérées n’être que de pâles dérivés de la fameuse phrase de Pangloss « tout va pour le mieux dans le meilleurs des mondes possibles ». Mais nous avons eu également l’occasion d’observer le caractère destructeur de ces mêmes utopies. Ce que nous avons appelé leur « effet boomerang » sur le réel.

Ainsi nous avons pu montrer comment les sacrifices opérés au nom de la réalisation de l’harmonisation comptable exigée par le FMI et la Banque mondiale pour mettre en place l’Etat planétaire de demain se sont avérés cruels. La politique destructrice des « ajustements structurels », développée dans le courant des années 80 a eu des conséquences funestes. Les pays développés, par exemple, sont sortis rincés de ces politiques néolibérales de « bonne gouvernance », de « bonne gestion des deniers publics », auxquelles Jacques Attali s’est rallié. Les peuples des pays technologiquement avancés ont vu leur niveau de protection sociale fondre comme neige au soleil, leur niveau de pauvreté et de précarité augmenter continument. Ils ont assisté impuissants à l’érosion, voire dans certains cas à la disparition de leurs « services publics ». Tout cela, donc, a eu des conséquences sociales considérables, extrêmement graves.

Si l’on étudie bien l’affaire du covid-19, on s’aperçoit également que les croyances imposées par ce que C. Wright Mills appelle les élites, c’est-à-dire les personnes qui ont du pouvoir sur les peuples, tournent au fiasco. On nous avait vendu un monde où l’OMS, figure incontournable de l’Etat planétaire de demain, cher à Jacques Attali, allait nous permettre de régler les problèmes de pandémie. L’OMS fonctionnant comme un « lanceur d’alerte » à travers le monde devait nous donner les moyens d’affronter toutes les éventualités. Qu’en a-t-il été véritablement ?

Ambivalence et dysfonctionnements en série

L’OMS aura révélé son incompétence pendant la crise, tardant à alerter le monde sur la gravité de la pandémie, déclarant que l’usage des masques n’était pas obligatoire, contre-productif même. Les instances du futur, de l’Etat mondial en devenir, ont révélé plus que des failles, une faillite globale. Elles ont montré une incapacité réelle à gérer la crise, tout comme l’UE d’ailleurs qui était pourtant censée nous protéger contre tous les maux de la Terre ou à peu près.

Or il s’agit bien là de « prophétie autodestructrice » au sens où l’annonce de la prophétie contrecarre sa réalisation. Ainsi plus on nous annonce la « mondialisation heureuse », moins on la voit advenir et plus, au contraire on voit advenir de malheur social de masse. La prophétie de la mondialisation hyperaccélérée est une prophétie autoréalisatrice, du point de vue de son développement, de son évolution croissante, puisqu’il est clair que les prospectives néolibérales accompagnent le développement du futur mondialisé vers toujours plus d’accroissement de la vitesse des échanges matériels et immatériels (via internet notamment). Mais du point de vue de sa fin, du but qu’il prétend atteindre, il s’agit d’une « prophétie autodestructrice ». Le bonheur commun qui est promis à tous les hommes comme fin de l’histoire, horizon du développement de l’utopie néo-futuriste accouche de son exact contraire.

Cela n’est d’ailleurs pas vrai uniquement du point de vue de ses promesses économiques mais aussi de ses promesses « idéologiques ». Le processus de la mondialisation nous promet en effet plus de « liberté individuelle », une plus grande facilité dans la réalisation de notre individualité propre. Elle veut être un « vecteur d’émancipation » pour chaque individu. Mais que constate-t-on dans les faits ? Plus le système de la mondialisation libératrice et épanouissante se met en place, – en s’appuyant notamment sur le développement des nouvelles technologies, de la révolution numérique 2.0 – et plus nous voyons nos libertés régresser.

Est-il besoin de rappeler les tendances lourdes qui sont à l’œuvre en termes de contrôle des populations avec le développement des « routes numériques de la soie » développées par la Chine ? Le spectre de la « dictature numérique » étend son ombre portée sur l’ensemble de la planète. Verra-t-on un jour le projet du singleton, de la machine superintelligente, de Nick Bostrom, prendre forme ? Nous en sommes encore loin, mais ce projet utopique, d’un contrôle total par une IA de l’ensemble des interactions humaines sur la planète, ne peut qu’être totalitaire, liberticide.

Prophétie oraculaire antique et dysfonction sociale moderne

Autrefois c’est le devin Tirésias que consultait Œdipe, Euphrantidès, qui accompagnait Thémistocle, Lampon qui se mettait au service de Périclès, Aristandros de Telmesse qui disait la bonne aventure à Alexandre le Grand, aujourd’hui c’est Jacques Attali qui seconde Emmanuel Macron, après avoir conseillé François Mitterrand, Nicolas Sarkozy ou François Hollande. Cependant, au fond, ce sont toujours les mêmes structures oraculaires de pouvoir qui sont à l’œuvre. Certes il n’existe plus d’oracle de Delphes, de Thèbes, de fontaine Telphousa ou de sources de l’Hélicon, mais l’art divinatoire, – la « mantikè » des Grecs –, n’est pas mort. Il s’est en quelque sorte métamorphosé, modernisé et mondialisé.

Si l’on a rangé au magasin des accessoires les dieux de l’antique mythologie, si l’on ne prophétise plus au nom de Zeus, d’Apollon, de Dionysos, d’Athéna, ou de Pluton, on continue de le faire au nom de l’accélération divinisée par Alvin Toffler, du Gouvernement mondial promis par Jacques Attali, du « Singleton » de Nick Bostrom, dans des Instituts du futur aux noms pompeux et prétentieux : Institut du futur de l’humanité d’Oxford, Aspen Institute, Hudson institute, Foresight Institute etc… Avons-nous gagné au change ? Il ne semble pas. Comme nos glorieux anciens dont nous méprisons l’histoire nous demeurons, nous aussi, prisonniers des prophéties autoréalisatrices ou des prophéties autodestructrices des oracles de notre temps.

Nous nous laissons berner par les nouveaux prêtres d’Ammon. N’est-ce pas cet oracle égyptien qui avait prédit que « les Athéniens prendraient tous les syracusains » ? Ce fut le début d’une tragique mésaventure – d’une prophétie autodestructrice – pour l’armée athénienne qui se lança dans l’expédition de Sicile. En guise de quoi toute l’armée de Nicias, nous rapporte Thucydide dans son Histoire de la guerre du Péloponnèse fut faite prisonnière. Le stratège Nicias, demeurant trois fois neuf jours sans bouger sur l’île de Syracuse, – au prétexte fallacieux qu’un devin avait vu dans une éclipse de Lune un mauvais présage – scella définitivement le sort des Athéniens. Jacques Attali et ses amis prospectivistes sont en train de sceller le nôtre.

Alors que les nouveaux devins, imités des anciens, nous annoncent des lendemains qui chantent, nous ne vivons qu’un présent qui déchante. Tandis qu’ils nous promettent monts et merveilles dans le futur, exigeant toujours plus de sacrifices sociaux, toutes les sociétés occidentales technologiquement avancées amorcent leur déclin, leur ruine même. En même temps que les nouveaux prêtres du futur construisent des châteaux en Espagne, nous voyons nos institutions ainsi que nos rapports sociaux se déliter, se liquéfier pour reprendre le mot de Zyngmut Baumann, sous l’effet d’un processus d’accélération générale totalitaire. Où est donc la « mondialisation heureuse » promise par Alain Minc ? Comme cela est dit, là encore, dans Jacques le Fataliste : « Qu’il est facile de faire des contes ! »

Réfléchir quand même sur le futur

Est-ce à dire que l’on ne puisse cependant plus opérer aucune prospective, aucune prédiction sérieuse dans le domaine économique et social ? Le futur est-il à ce point incertain, nébuleux que nous soyons condamnés à être la proie des charlatans, des diseurs de bonne aventure, des dompteurs de foire ? N’y a-t-il aucune loi, aucune régularité tendancielle que l’on puisse analyser sérieusement ? Sommes-nous condamnés à ne subir que des prophéties autoréalisatrices au sens de Robert K. Merton ou des prophéties autodestructrices ? Il nous semble que non. S’il existe toujours autant de fausses prédictions annonciatrices de l’avenir, s’il y a pléthore d’experts en « divination inspirée », il existe également des instituts et des personnes qui font un travail sérieux pour nous amener à réfléchir, de manière posée et rationnelle, aux différents moyens à mettre en place pour construire un modèle de croissance durable.

Notre malheur vient surtout du fait que ce ne sont pas ces lanceurs d’alerte qui susurrent à l’oreille de nos gouvernements, mais les amis des lobbys et des grandes sociétés multinationales. Tous ceux donc qui ont un intérêt à ce que le processus de l’accélération destructice des flux marchands et financiers continue de croître. Mal considérés, qualifiés de prophètes de malheur, au fond « anti-business », anti-mondialisation, les rares prospectivistes clairvoyants, membres du GIEC, de grandes ONG, ou simples citoyens conscients de la catastrophe en marche, sont rebaptisés du nom d’oiseau de malheur, parfois de réacs, toujours de passéistes. Ils constituent cette cohorte de Cassandre que l’on refuse d’écouter. Et pourtant Cassandre avait raison, Troie a péri dans les flammes. Nulle prophétie autoréalisatrice ou autodestructrice dans tout ça, un simple constat amer. Jacques le fataliste ne nous avait-il pas prévenus ? « Il y a longtemps que le rôle de sage est dangereux parmi les fous ».

Michael Paraire 10/06/2020